Une mission d’appui aux comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté de Gironde

Par l'IREPS Nouvelle Aquitaine

Cette Inspir’action fait partie du Dossier ressources « École, promotion de la santé et territoires ». À télécharger ici : https://www.fabrique-territoires-sante.org/capitalisation/dossiers-ressources/ecole-promotion-de-la-sante-et-territoires 

Contexte de l’action

En 2016, face à la disparition formelle de l’axe santé des contrats de ville, la disparité des actions initiées sur les quartiers prioritaires et l’affirmation institutionnelle des logiques de parcours en santé notamment durant la trajectoire scolaire, la mission Santé et Territoires de l’IREPS Nouvelle Aquitaine a proposé à la mission Ville de la préfecture de Gironde, à la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) et au rectorat d’Aquitaine d’apporter un appui aux comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) portés par les collèges couvrant des publics et territoires prioritaires de Gironde.

Fiche-identité de l’action

Porteur du projet : IREPS Nouvelle Aquitaine

Statut du projet : expérimentation 2017-2018 achevée en Gironde, extension à la Région Nouvelle-Aquitaine en 2019-2020

Échelle : établissements scolaires de Gironde situés en QPV et/ou dans le réseau d’éducation prioritaire (REP)

Thématiques traitées : éducation à la santé, méthodologie de projet, climat scolaire

Public visé : personnel des établissements scolaires, élève, parent

Partenaires opérationnels : DSDEN 33, Mission Ville de la Préfecture de la Gironde

Partenaires financiers : CGET (via DRJSCS) et ARS de Nouvelle Aquitaine

Gouvernance : le comité technique du projet d’appui des CESC composé d’un représentant du Rectorat, des infirmières conseil de la DSDEN 33.

Coût de l’action : 6 000 €

Moyens affectés : mobilisation du service infirmier en faveur des élèves au sein de la DSDEN de la Gironde et des missions ressources de l’IREPS Nouvelle Aquitaine

Objectifs de l’action

> Outiller, former et accompagner les référents des CESC de collèges couvrant des territoires prioritaires de la politique de la ville

Description de l’action

Le CESC est une opportunité de générer des dynamiques de projet participatives et co-construites en matière de bien-être, santé et vivre-ensemble, propices pour aborder des enjeux de respect, de prévention, d’accès aux droits et aux services, etc. Le CESC doit également permettre d’inscrire l’établissement dans son territoire, c’est-à-dire dans le tissu local des acteurs locaux (associations, institutions, etc.).

L’installation et l’animation des CESC incombent aux chefs d’établissement des collèges qui, le plus souvent, les délèguent aux infirmières ou conseillers principaux d’éducation (CPE) avec peu de cadrage. Malgré l’opportunité que cela constitue, il est constaté sur le terrain que le CESC se réduit fréquemment à une programmation annuelle d’actions. Plus globalement, les établissements concernés par des publics et zonages prioritaires semblent isolés et peu en phase avec les dispositifs censés lutter contre les inégalités sociales de santé (ASV, CLS, etc).

 

Sur la base des quartiers prioritaires et des cartes scolaires, ainsi que sur les zonages prioritaires de l’Éducation Nationale (REP et REP+), une liste de 25 collèges girondins a été retenue.

Afin de soutenir les établissements, 4 activités concrètes leur ont été proposées :

-     L’organisation de 2 matinées d'échanges de pratique afin de traiter les stratégies d’amélioration du climat scolaire ;

-     L’organisation d’une formation de 2 jours ;

-     Les prises de contact des référents CESC qui le souhaitent ;

-     L’accrochage des établissements aux missions socles de l’IREPS Nouvelle Aquitaine.

Matinée 1 d’échanges de pratiques : les stratégies d’équipe propices au climat scolaire

La première matinée d’échanges de pratique a porté sur les stratégies d’équipe mises en œuvre par les collèges afin de promouvoir un climat scolaire favorable au bien-être et à la santé des élèves. En effet, la stratégie d’équipe est l’un des facteurs propices à un bon climat scolaire, avec la justice scolaire, les pratiques partenariales ou la prévention des violences et du harcèlement.

En s’appuyant sur leurs vécus et expériences, les participants ont identifié des freins et des leviers relatifs à l’élaboration de stratégies d’équipe propices au climat scolaire.

 

Les freins à l’élaboration des stratégies d’équipe favorables au climat scolaire

Le principal frein est le manque de temps ; lequel est lié à l’absence de moyens institutionnels (budget et/ou mobilisation du personnel). Si de l’avis de tous, le CESC est théoriquement voué à structurer la stratégie d’équipe, il reste tributaire de son intégration formelle dans le projet d’établissement et donc du portage volontariste par sa direction.

De plus, le manque de formation des équipes sur les enjeux du climat scolaire et du bien-être à l’école associé à la faible légitimité des personnes missionnées afin d’animer cette stratégie d’équipe ne permettent pas de dégager une culture commune en matière de promotion de la santé.

Un autre frein identifié est l’isolement du personnel d’un collège (tout particulièrement de celui/celle en charge de l’animation de la stratégie d’équipe et du CESC) en lien avec l’instabilité des équipes et la forte sectorisation entre les agents administratifs, le personnel de la vie scolaire, le corps enseignant et les agents techniques. Tout ceci peut conduire à une faible mobilisation collective ainsi qu’à de la confusion induite par la multitude d’initiatives entreprises par chacun des acteurs.

Le manque de communication est également délétère et conduit à une illisibilité de l’éventuelle stratégie institutionnelle, voire à la perception d’une incohérence des activités particulièrement déplorable au regard des parents et des partenaires extérieurs.

A noter que les circonstances matérielles et les contextes locaux sont cités mais restent secondaires par rapport aux enjeux de « fonctionnement ».

 

Les leviers à l’élaboration des stratégies d’équipe favorables au climat scolaire

Parmi les leviers identifiés par les participants, le principe d’équipe semble fondamental. Il soulève l’enjeu de fédérer tous les acteurs du collège, quels que soient leur statut. Les notions de communication et de confiance découlent à leur tour de cette action d’équipe qui permet de dégager une action cohérente qui associe pleinement les professeurs trop souvent à distance.

La place des élèves est également primordiale car ils ne sont pas que des cibles et/ou bénéficiaires, ainsi que la place des partenaires et plus largement des ressources et acteurs qui maillent le territoire du collège. À ce propos, les collèges qui accueillent des jeunes issus des territoires prioritaires peuvent bénéficier de nombreux dispositifs, réseaux, moyens spécifiquement fléchés vers ces publics. Cela nécessite que l’animateur en charge de la stratégie du collège et potentiellement du CESC soit bien identifié à l’extérieur par les services ressources tels que les coordonnateurs de zones d’animation pédagogique (ZAP), des Contrats locaux de santé et autres Ateliers Santé Ville, chefs de projet politique de la ville, coordonnateurs CLSPD (conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance), etc. qui contribuent à l’obtention de moyens d’agir (subventions, formations, etc.) et à la valorisation des initiatives locales.

Dans l’idéal, le CESC est un espace de concertation qui permet d’élaborer et faire vivre un projet partagé « santé- citoyenneté » d’une durée limitée rattaché au projet d’établissement. La mise en œuvre de ce projet repose sur l’identification de priorités ainsi que sur la mise en œuvre d’une stratégie collective qui se donne les moyens d’agir sur plusieurs facteurs. Ces multiples actions constituent des programmes et peuvent être planifiées. Certaines préconisations et/ou dispositifs promus par les pouvoirs publics peuvent favoriser une approche spécifique.

Pour illustration, les participants à la matinée d’échanges ont majoritairement évoqué une problématique de banalisation de la violence. Dans la logique d’une stratégie d’équipe, cette problématique pourrait devenir une des priorités du projet Santé-Citoyenneté qui viserait à améliorer le climat scolaire sur 4 ans (la durée moyenne de séjour d’un élève dans un collège). Parmi les facteurs identifiés, la répartition des actions peut conduire certains acteurs à agir sur l’ambiance de classe ainsi que sur le stress en instaurant des séances de méditation en début d’enseignement ou de journée (voir méthode PEACE). D’autres acteurs décident d’agir sur la responsabilisation des élèves à l’égard des inscriptions sauvages et injurieuses sur les casiers via le Conseil de vie scolaire. D’autres encore vont affecter des heures de vie de classe au travail concernant la liberté, le respect et le rappel à la loi. Par ailleurs, certains agissent sur la faible convivialité de l’établissement en organisant avec les collégiens des soirées valorisant leur implication et leurs projets.
Enfin, l’application des directives sur le parcours éducatif en santé donne l’occasion d’opter pour une approche transversale et durable qui ne se borne pas à la programmation annuelle d’actions.

Cette illustration souligne l’intérêt d’agir collectivement dans le cadre d’un projet partagé, en prenant appui sur un espace dédié animé par une personne légitime et aboutissant à une programmation d’actions cohérente portées par toutes les forces vives du collège, au regard de leurs compétences et motivations.

 

Matinée 2 : les pratiques partenariales et moyens mobilisables sur les territoires prioritaires

La seconde matinée d’échanges de pratique était consacrée aux pratiques partenariales et les moyens mobilisables sur les territoires prioritaires, afin de promouvoir un climat scolaire favorable au bien-être et à la santé des élèves.

En s’appuyant sur leurs vécus et expériences, les participants ont identifié leurs besoins en matière de partenariats, dans l’optique d’améliorer le climat scolaire. Parmi ces besoins, les financements occupent une place centrale. Or de nombreux financements existent et sont mobilisables par les établissements, ne serait-ce qu’au titre de la politique de la ville (même si les établissements ne sont pas implantés sur les quartiers prioritaires, stricto sensu, ils peuvent tout de même faire valoir la provenance des élèves et prétendre aux moyens fléchés vers ces publics).

Attention cependant à bien distinguer la typologie des actions car la politique de la ville ne finance pas ce qui est mis en œuvre sur le temps scolaire (qui reste à la charge de l’Éducation Nationale). A ce propos, le statut et l’objet du CESC permettent de concilier les enjeux scolaires et périscolaires et de d’articuler les dynamiques intérieures et extérieures.

De plus, il existe des moyens mobilisables qui sont d’ores et déjà financés. C’est le cas du dispositif de Programme de Réussite Educative (PRE) décliné sur 10 communes de la Métropole. De plus, des opérateurs associatifs sont financés pour soutenir les établissements scolaires, c’est le cas d’Interméd Gironde dont 289 interventions de traduction-interprétariat sont assurées pour le compte de l’Éducation Nationale.

Afin de connaître les priorités et donc les moyens financiers mobilisables au titre de la politique de la ville, il importe de se rapprocher du chef de projet politique de la ville de sa commune, voire de l’inviter à l’occasion des réunions du CESC. De plus, la préfecture possède une mission Ville qui comprend des délégués du préfet en charge de suivre au plus près les actions mises en place sur les territoires. Ces délégués du préfet sont également susceptibles d’être conviés aux réunions du CESC.

Pour ce qui est des autres financements et notamment ceux à la main de l’Agence régionale de santé (ARS), les appels à projets et campagnes sont mieux identifiés par les participants mais leurs instructions restent fastidieuses.

Enfin, les participants ont échangé sur les bénéfices à travailler en partenariat : connaître et bien orienter, intégrer des réseaux d’acteurs, être soutenu, financer des actions.

 

Formation sur le phénomène de harcèlement et de bouc émissaire en milieu éducatif

Parmi trois sujets proposés (le phénomène de harcèlement et de bouc émissaire en milieu éducatif, le développement des compétences psychosociales des enfants et adolescents en milieu scolaire, la méthodologie de projet), les participants ont choisis de travailler sur le premier. La formation a été menée par l’IREPS Nouvelle Aquitaine.

 

Prises de contact avec les référents CESC

Dans la mesure des moyens alloués, l’IREPS peut accompagner les CESC à des étapes clef de son développement. Par exemple, un référent prévoit de travailler sur le bruit et souhaite être accompagné dans la mise en place de ce projet.

 

Exemple de la stratégie d’action du CESC d’un collège de Bordeaux :

 

Résultats de l’action

> Entre 15 à 20 acteurs présents à chaque rencontre (temps d’échanges et formation)

> 17 collèges prioritaires touchés, sur les 25 ciblés

Perspectives

> La disparition en 2015 des crédits fléchés dédiées aux CESC a porté un coup d’arrêt à de nombreuses animations, les établissements privilégiant alors la réalisation d’actions.

> Cette action expérimentée dans le département de la Gironde va être systématisée dans les douze départements de la région Nouvelle-Aquitaine : il est prévu d’organiser deux temps d’échanges par département, ainsi que des appuis méthodologiques plus individuels.

> L’enjeu est de conforter l’installation et le développement de CESC pérennes (de nombreux collèges disposent de CESC qui ne sont pas actifs ; et la priorité actuelle de l’Education Nationale porte davantage sur la création de CESC inter-degrés et/ou inter établissements).

Conseils pour reproduire ce projet

> Construire un partenariat fort avec et entre les DSDEN et les Missions ville des Préfectures.

> Réunir les représentants des collèges à l’initiative des DSDEN afin de légitimer et faciliter leur « libération » sur ces temps d’échanges de pratiques.

>Proposer des prises de contact plus individuelles dans les collèges afin de prendre la mesure des contextes et cadres de vie.

Repères sur le territoire

Territoire : le département de Gironde compte 15 communes concernées par la politique de la ville (23 quartiers prioritaires).

Contrat de ville : 3 contrats de ville existent en Gironde (Bordeaux métropole, Communauté d’agglomération du Libournais, Communauté de communes du Pays Foyen).

Démarche territoriale de santé : 2 CLSM et 5 CLS sur la Gironde et prochainement une couverture CLS totale du département, 3 ASV sur l’agglomération bordelaise.

Aller plus loin

> Présentation des CESC sur Eduscol : http://eduscol.education.fr/cid46871/le-cesc-composition-ses-missions.html

Contact référent

Arnaud Wiehn

Chargé de projet et d’ingénierie en éducation et promotion de la santé

IREPS Nouvelle Aquitaine

a.wiehn@irepsna.org

05 56 33 34 10

Complété le 28.03.2019

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