Un réseau d’achat en commun dans les quartiers prioritaires de Lyon

Par l'association VRAC

Cette Inspir’action fait partie du Dossier ressources « Alimentation et territoires » : à télécharger ici.

Repères

Porteur du projet : VRAC (Vers un Réseau d’Achat en Commun), association créée en 2014 dont la mission est de favoriser le développement de groupements d’achats de produits de qualité (biologiques, locaux et écologiques) dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville de l’agglomération lyonnaise

Statut du projet : en activité depuis 2015

Échelle : quartiers de la politique de la ville

Thématiques traitées : alimentation, développement local

Public visé : tout public

Partenaires opérationnels : centres sociaux, bailleurs sociaux, élus locaux

Partenaires financiers : bailleurs sociaux, Fondation Carasso, Fondation Abbé Pierre, Secours Catholique, Fondation MACIF, Fondation La France s’engage

Moyens affectés :

  • 4 équivalents temps plein en CDI
  • un hangar de stockage à Vaulx-en-Velin, un bureau à Villeurbanne ; des lieux de distribution mis à disposition par un bailleur ou un centre social
  • 1000 adhérents, 12 groupements dans la métropole de Lyon, 50 bénévoles actifs
  • budget : 200 000 €

Territoire : l’association intervient sur treize quartiers de l’agglomération lyonnaise (à Lyon, Vaulx-en-Velin, Villeurbanne, Vénissieux, Oullins, Saint-Priest, Saint-Fons, Bron et Rilleux).

Articulation avec une démarche territoriale de santé : partenariat avec les ASV de Lyon et Vaulx-en-Velin, qui ont facilité la mise en réseau des acteurs (connaissance des partenaires locaux comme les associations de quartiers et les bailleurs sociaux)

Contexte

La réflexion autour du projet a été menée sur la base d’un constat partagé entre la fondation Abbé Pierre et le bailleur Est-Métropole Habitat, autour de la restriction du pouvoir d’achat et donc de la consommation des habitants des quartiers : ce que l’on achète, consomme ou utilise influe sur de multiples dimensions de la vie personnelle, familiale et sociale. Proposer une autre façon de consommer pour dynamiser les capacités à faire face à la précarité, revaloriser l’image de soi et favoriser le pouvoir d’agir individuel et collectif est l’idée qui a germé de ce constat.

L’association VRAC (Vers un groupement d’achat en commun), né de ce partenariat entre la fondation Abbé Pierre et un bailleur sociale, a fédéré de multiples acteurs autour de son projet : des militants et bénévoles issus pour certains de ces quartiers ou d'associations locales, portant le diagnostic de la consommation par défaut ou « faute de mieux » dans les quartiers défavorisés ; des porteurs d'expériences locales de distribution dans les quartiers populaires, d'épiceries coopératives ou encore d'épiceries sociales et solidaires.

Se sont également investis des représentants de bailleurs sociaux, soucieux d’agir aux côtés des habitants et des structures pour la promotion des quartiers d’habitat social et de leurs habitants. Enfin, des professionnels de la politique de la ville et des acteurs de l'économie sociale et solidaire ont apporté leur concours au projet.

Une étude a été engagée par l’association au préalable de son action débutée en 2014. Cette étude s’appuyait sur des recherches documentaires complétées par une enquête de terrain menée auprès d’un grand nombre d’acteurs de l’action sociale et a permis de confirmer les constats posés par les partenaires publics et associatifs à l’initiative du projet. En particulier, ont été confirmées quatre composantes du contexte étroitement corrélées :

  • un creusement des inégalités socio-économiques entre les habitants des quartiers populaires et le reste de la population ;
  • une discrimination renforcée face à l’accès à la consommation. Les habitants des quartiers sont victimes de l’effet « double pénalité ». Si la principale difficulté dont pâtissent les ménages pauvres réside dans la taille limitée de leur budget, la double pénalité consiste dans le fait que ces mêmes ménages paient parfois plus cher que d’autres ménages plus favorisés les mêmes produits et services (mécanismes liés aux quantités achetées, profil de risque …)[1] ;
  • une alimentation génératrice de problèmes sanitaires et sociaux chez les publics précaires ;
  • un isolement social marqué dans les quartiers populaires.

À partir de ces différents constats, l’association a ciblé les besoins auxquels ses actions tentent de répondre : des besoins pour une alimentation durable et une volonté de cohésion sociale et de valorisation des habitants.

Objectifs

L’objectif global de VRAC est de développer des groupements d’achat dans chaque quartier populaire sur une logique d’essaimage d’un modèle basé sur la mobilisation des différentes parties prenantes du quartier (habitants, associations et structures de proximité, professionnels/techniciens, élus, …).

> Distribuer dans les quartiers populaires des produits de consommation courante de qualité et des services à des prix attractifs, en améliorant ainsi le pouvoir d’achats des habitants.

> Encourager une consommation durable et responsable, en permettant aux habitants des quartiers de s’inscrire dans de nouvelles pratiques de consommation et d’approvisionnement/d’alimentation.

> Favoriser la cohésion sociale en suscitant et/ou renforçant des espaces de socialisation et d’entraide dans les quartiers où VRAC est présent par le biais de groupements d’achats.

> Élaborer un mode de fonctionnement économique coopératif s'appuyant sur les principes de l'économie sociale et solidaire (ESS).

Description de l’action

Le projet de VRAC est orienté vers l’accès du plus grand nombre à des produits de consommation courante de qualité. Au sein des groupements VRAC, les prix sont raisonnables, grâce à l’achat en grandes quantités, la réduction des coûts intermédiaires via la priorité donnée aux circuits courts, la réduction des coûts superflus par la limitation des emballages, la vente à prix coûtant (sans marge).

VRAC permet aux habitants des quartiers populaires de s’inscrire ainsi dans un mode de consommation durable et responsable, reposant sur le collectif et les dynamiques locales. Il s’agit de s’éloigner d’un système basé sur l’absence de choix et sur des produits bas de gamme en sélectionnant autant que possible des produits alimentaires d’origine biologique et/ou d’un rayon géographique proche.

Les produits

VRAC propose à ses adhérents une cinquantaine de références de produits secs. Les produits proposés sont des produits biologiques, locaux, ou écologiques, travaillant en circuits courts et favorisant d’une manière générale des démarches durables sur les plans environnemental et social. VRAC bâtit des partenariats durables avec les fournisseurs et producteurs de ces produits. Les produits du catalogue de VRAC sont, de manière générale et à qualité égale, moins chers que les produits proposés par la grande distribution mais restent supérieurs aux prix pratiqués par les discounters.

L’adhésion

VRAC a fait le choix de ne mettre en place aucun critère excluant à l’adhésion dans ses différents groupements d’achat. Les seules conditions d’adhésion sont de payer la cotisation annuelle de 1€ minimum et de venir chercher sa commande au sein des quartiers. Cette ouverture permet une rencontre entre des publics qui auraient pu ne jamais se croiser. En plus des habitants des quartiers où est implanté VRAC, des personnes issues de quartiers extérieurs ou du centre-ville se rendent dans les points de distribution. Les distributions deviennent alors de vrais lieux de socialisation et de mixité sociale où des gens d’horizons divers se croisent et échangent. 70% des adhérents vivent dans un quartier de la politique de la ville.

Le fonctionnement

La commande a lieu une fois par mois. Durant une semaine, les adhérents passent leurs commandes auprès de l’association par mail ou lors de permanences physiques qui se tiennent dans les centres sociaux ou dans les locaux en pied d’immeubles mis à disposition par les bailleurs. Il n’y a aucun minimum d’achat requis, et les adhérents ne s’engagent pas à commander mensuellement, ils sont donc libres de commander quand ils le souhaitent.

L’association assure la livraison des produits commandés en quantités exactes dans les différents points de distribution (12, dont 2 hors du périmètre de la politique de la ville). La distribution des produits a lieu deux semaines après la prise de commande et se déroule le plus souvent sur une journée complète. Le matin, l’équipe de VRAC et les bénévoles, des adhérents motivés, installent une épicerie éphémère dans le lieu de distribution et procède à la coupe du fromage livré en meule entière. L’après-midi, l’équipe de VRAC et les bénévoles accueillent les adhérents qui viennent récupérer leur commande. Munis de leurs contenants, ils font leurs courses et participent directement au passage du vrac au détail.

Des animations complémentaires

Après deux ans d’activité liée à la gestion des groupements d’achat et grâce à une équipe agrandie, VRAC a pu développer en 2016 plusieurs animations à destination des adhérents tout d’abord, des bénévoles mais aussi du grand public :

  • un concours de cuisine annuel ;
  • l’élaboration d’un livre de cuisine ;
  • des ateliers cuisine ;
  • des visites de producteurs.

Les objectifs de ces animations sont divers :

  • pour les adhérents et bénévoles : participer à des moments conviviaux autour de l’alimentation, s’informer/apprendre sur des producteurs, des recettes ;
  • pour le grand public : faire découvrir le projet, sensibiliser à l’alimentation de qualité, donner une image positive des quartiers populaires

Résultats

D’après une évaluation interne, les bénéfices directs du projet VRAC sur les habitants sont les suivants :

  • la consommation de produits de qualité, dans le respect de leur budget ;
  • la redécouverte du plaisir de manger, cuisiner et d’apprécier de nouveaux produits ;
  • la maîtrise retrouvée des “savoir-acheter” et des “savoir-cuisiner” de base ;
  • la consolidation de l’autonomie pratique des habitants ;
  • la mobilisation autour d’une dynamique participative.

 

En termes de bénéfices indirects, sont identifiées :

  • la prise en charge par chacun de son état de santé par l’adoption de nouvelles pratiques et comportements de consommation ;
  • l’instauration de relations d’émulation et de partage d’expériences alimentaires ;
  • la rupture avec l’isolement et la réappropriation du collectif (ateliers, visites de producteurs …) ;
  • la valorisation de soi, par le passage d’une consommation par défaut à une posture de "consom’acteurs".

Pour les quartiers, les bénéfices directs sont :

  • des dynamiques sociales, par l’instauration d’espaces de socialisation favorisant les rencontres, le partage et réaffirmant le pouvoir du collectif ;
  • une opportunité de développer un modèle d’approvisionnement coopératif et proposer une offre alimentaire alternative dans les quartiers ;
  • l’amélioration du mieux vivre dans le quartier ;
  • la diminution des inégalités sociales, territoriales et économiques en matière de consommation et d’alimentation ;
  • la valorisation de l’image du quartier.

Enfin, concernant les partenaires que sont les bailleurs sociaux mais également les associations, ont été identifiés les bénéfices directs suivants :

  • l’appropriation facilitée de la problématique alimentaire et santé par l’opportunité d’un dispositif et d’un outil “prêt à l’emploi” ;
  • l’évolution des rapports/relations entre les équipes du bailleur et les locataires grâce à un cadre différent dans lequel se rencontrer et échanger.

De façon indirecte, les bénéfices identifiés sont :

  • l’élargissement du champ d’action à de nouveaux publics ;
  • l’amorçage de l’insertion par une mobilisation des personnes à faibles ressources, avec pour point d’accroche la consommation responsable.

Perspectives

À partir de janvier, l’adhésion et le prix du panier seront différents selon que la personne vit ou non dans un quartier prioritaire.

VRAC est une marque déposée : deux nouvelles associations ont été créées pour essaimer le projet à Strasbourg et Bordeaux.

Conseils pour reproduire ce projet

> S’appuyer sur les acteurs présents sur le territoire et leur réseau

> Développer des partenariats avec les collectivités, les bailleurs sociaux, les centres sociaux et associations de quartier

> Partir des besoins des habitants

> Prendre contact avec l’association VRAC pour essaimer le modèle sur son territoire

Aller plus loin

> Site de l’association VRAC

Contact référent

Boris Tavernier

Directeur

Association VRAC

asso.vrac@gmail.com

06 52 89 56 56

Complété le 5.09.2017


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[1] Ce constat a également été fait dans l’évaluation d’impact sur la santé sur les projets de transports de Plaine Commune (en Seine-Saint-Denis) : le coût de la mobilité a été identifié comme un frein et une limitation des choix d’approvisionnement, donc un facteur d’insécurité alimentaire (consulter l’EIS).